En 2025, les acteurs français du capital-investissement et de l’infrastructure ont investi 36,4 milliards d’euros dans 2 904 entreprises et projets. Malgré une baisse limitée à 1 % par rapport à 2024, ces chiffres traduisent un marché toujours actif dans un environnement marqué par des taux plus élevés, des sorties difficiles et une sélectivité accrue.
Le Private Equity en France traverse moins une crise structurelle qu’une phase de normalisation. Les levées de capitaux restent élevées, les investissements résistent et les performances demeurent positives sur longue période. En revanche, les cessions restent insuffisantes, les distributions aux investisseurs sont ralenties et les capitaux se concentrent davantage auprès des sociétés de gestion les plus établies.
Cet état des lieux décrypte les chiffres du marché français, ses principales stratégies, sa performance, ses risques et ses perspectives. Il permet aussi de comprendre pourquoi la sélection des gérants et la diversification restent centrales dans une classe d’actifs où les moyennes masquent des situations très différentes.
Quels sont les chiffres du Private Equity en France ?
Selon l’étude d’activité publiée par France Invest et Grant Thornton, les acteurs français ont levé 42,9 milliards d’euros en 2025. La collecte progresse de 10 % par rapport à 2024, malgré un environnement encore exigeant.
Les investissements atteignent 36,4 milliards d’euros, en recul de 1 %. Cette donnée agrège le capital-investissement et les projets d’infrastructure suivis par l’étude. Elle ne doit donc pas être interprétée comme le seul montant investi au capital d’entreprises non cotées.
Les cessions représentent 14 milliards d’euros au coût historique, en hausse de 9 %. Le nombre d’opérations diminue toutefois, ce qui montre que la reprise reste partielle.
Les montants de cession sont exprimés au coût historique. Ils correspondent au prix initialement investi dans les actifs cédés et non au produit total reçu lors de leur vente. Ils ne peuvent donc pas être directement comparés aux capitaux levés ou à la valeur économique des sorties.
Comment évoluent les investissements ?
Des montants globalement résistants
En capital-investissement hors infrastructure, les montants investis progressent de 11 % en 2025. Cette hausse est toutefois largement portée par les fonds de continuation. Sans ces opérations, les investissements diminuent de 1 %.
Cette distinction est essentielle. Un fonds de continuation permet généralement de transférer une ou plusieurs entreprises d’un fonds arrivé à maturité vers un nouveau véhicule géré par la même société de gestion. Certains investisseurs peuvent obtenir une liquidité, tandis que d’autres choisissent de poursuivre leur exposition.
Ces transactions répondent au ralentissement des sorties traditionnelles. Elles peuvent aussi donner davantage de temps à un gérant pour poursuivre le développement d’une entreprise. Elles exigent néanmoins une gouvernance rigoureuse, car le même gérant peut se trouver à la fois du côté du vendeur et de l’acquéreur.
Des dynamiques différentes selon les stratégies
Le venture capital résiste en 2025, tandis que le growth progresse, notamment grâce à l’internationalisation des investissements. Le capital-développement ralentit et le capital-transmission reste actif, soutenu en partie par les fonds de continuation.
Ces différences reflètent la diversité du Private Equity en France.
- Le capital-risque finance des entreprises jeunes, souvent déficitaires et fortement innovantes.
- Le capital-développement accompagne des sociétés déjà établies.
- Le buyout cible généralement des entreprises plus matures, parfois avec recours à l’endettement.
Chaque stratégie réagit différemment aux taux d’intérêt, au cycle économique et aux conditions de valorisation. Un marché dynamique sur un segment ne signifie donc pas que l’ensemble de la classe d’actifs évolue de manière uniforme.

Pourquoi les levées restent-elles concentrées ?
Avec 42,9 milliards d’euros levés en 2025, la collecte française reste élevée. Elle bénéficie notamment des engagements du secteur public et de plusieurs levées de taille importante.
Cette solidité masque cependant une concentration croissante des capitaux. Les investisseurs institutionnels privilégient davantage les plateformes établies, les équipes disposant d’un historique profond et les stratégies capables de démontrer leur différenciation.
Cette polarisation est également visible à l’échelle mondiale. Selon les perspectives 2026 de PwC, les plus grandes sociétés de gestion continuent à attirer des montants significatifs, tandis que de nombreux acteurs de taille plus réduite rencontrent davantage de difficultés.
La concentration des levées ne signifie pas que les fonds les plus importants sont systématiquement les plus performants. Elle traduit notamment une recherche de sécurité opérationnelle, de profondeur d’équipe, de diversification et de capacité à investir dans un contexte complexe.
Pour les sociétés de gestion émergentes, l’enjeu consiste à démontrer un avantage identifiable : expertise sectorielle, accès propriétaire aux transactions, spécialisation géographique ou capacité opérationnelle différenciante.
Les cessions constituent-elles le principal défi ?
Des distributions encore insuffisantes
Les cessions progressent de 9 % en valeur au coût historique en 2025, mais leur nombre diminue. France Invest estime que le marché reste pénalisé par des conditions économiques difficiles et par un écart persistant entre les prix attendus par les vendeurs et ceux acceptés par les acquéreurs.
Cette situation affecte directement les investisseurs. Tant qu’un actif n’est pas vendu, sa valeur reste en grande partie estimative. Les distributions sont retardées et les capitaux demeurent immobilisés plus longtemps.
Le ralentissement des distributions influence aussi les nouvelles levées. Les investisseurs institutionnels réinvestissent souvent une partie des sommes reçues lors des cessions. Lorsque ces flux diminuent, leur capacité à prendre de nouveaux engagements peut être limitée.
Le DPI, qui mesure les distributions effectivement reçues par rapport au capital appelé, devient donc particulièrement important. Un TVPI élevé ne suffit pas si l’essentiel de la valeur reste concentré dans des participations non cédées.
Le développement des fonds de continuation
Les fonds de continuation sont devenus une réponse importante au ralentissement des sorties. Ils permettent de prolonger la détention d’entreprises dont le potentiel de création de valeur n’est pas considéré comme épuisé.
Ces véhicules peuvent apporter de la liquidité aux investisseurs souhaitant sortir, tout en permettant à d’autres de rester exposés à l’actif. Ils offrent également une solution lorsque les marchés boursiers ou les acquéreurs industriels ne permettent pas une cession dans de bonnes conditions.
Leur développement ne doit toutefois pas être interprété comme une solution sans risque. Les modalités de valorisation, les conflits d’intérêts et la qualité du processus concurrentiel doivent être examinés avec attention.
PwC estime que les opérations secondaires et les véhicules de continuation devraient conserver une place centrale dans les sorties en 2026. Ils atténuent la pression sur la liquidité, sans remplacer complètement les cessions industrielles, les ventes à d’autres fonds ou les introductions en Bourse.
Quelle performance à long terme ?
Une performance nette qui se normalise
À fin 2025, le capital-investissement français affiche un TRI net de 10,7 % par an sur dix ans, selon l’étude annuelle de France Invest et EY. Depuis l’origine des mesures, en 1987, le TRI net atteint 10,8 %.
Ces données sont calculées nettes des frais de gestion et du carried interest. Elles représentent une moyenne de la classe d’actifs et ne correspondent pas à la performance de chaque fonds.
La performance sur dix ans reste supérieure à celle de plusieurs indices cotés retraités selon une méthodologie permettant de rapprocher leur calendrier de flux de celui des fonds de Private Equity. L’écart avec le CAC 40 s’est néanmoins resserré.
Cette évolution traduit une normalisation après plusieurs années particulièrement favorables. Les taux plus élevés ont renchéri le financement des acquisitions, tandis que le ralentissement des sorties a retardé la matérialisation des plus-values.
Une performance moyenne de long terme ne constitue ni un rendement attendu ni une garantie. Elle ne reflète pas non plus la fiscalité, les conditions d’accès ou les frais supplémentaires éventuellement supportés au niveau d’un véhicule intermédiaire.

Des écarts importants entre les fonds
La performance du Private Equity dépend fortement de la société de gestion, de la stratégie et du millésime. Deux fonds lancés la même année peuvent produire des résultats très différents en raison de leur sélection d’entreprises, de leur prix d’acquisition, de leur endettement ou de leur capacité d’accompagnement opérationnel.
L’analyse d’un fonds doit donc porter sur plusieurs indicateurs. Le TRI mesure la performance annualisée en tenant compte du calendrier des flux. Le TVPI rapporte la valeur distribuée et résiduelle au capital appelé. Le DPI mesure uniquement les distributions déjà reçues.
La part de valeur réalisée est particulièrement importante dans le contexte actuel. Un fonds peut présenter un TVPI élevé alors que peu d’actifs ont été cédés. Sa performance dépend alors encore des valorisations estimées et des conditions futures de sortie.
La sélection des gérants reste ainsi déterminante. Elle suppose d’analyser la stabilité de l’équipe, la régularité des résultats, les pertes, la stratégie de création de valeur et la capacité à reproduire les performances d’un millésime à l’autre.
Quels secteurs attirent les capitaux ?
L’industrie, le numérique, la consommation et la santé figurent parmi les principaux secteurs financés par les acteurs français en 2025. Leur poids reflète à la fois la structure de l’économie et les grandes transformations recherchées par les fonds.
Le numérique reste une composante importante, mais les investisseurs deviennent plus sélectifs. La croissance du chiffre d’affaires ne suffit plus. La récurrence des revenus, la rentabilité, la rétention des clients et la capacité à intégrer l’intelligence artificielle occupent désormais une place centrale dans l’analyse.
La santé bénéficie de tendances structurelles liées au vieillissement, à l’innovation médicale et à la transformation des services. Elle reste toutefois exposée aux risques réglementaires, technologiques et de remboursement.
L’industrie attire également l’attention dans un contexte de souveraineté, de réindustrialisation et de modernisation des chaînes de production. Les fonds peuvent accompagner l’automatisation, la décarbonation, la croissance externe et l’internationalisation des entreprises industrielles.
Enfin, les infrastructures liées aux énergies renouvelables représentent 47 % des montants et 63 % des projets d’infrastructure accompagnés en 2025. Ces investissements répondent à des besoins de long terme, mais leur profil diffère du capital-investissement traditionnel.
Quel rôle dans l’économie française ?
Le Private Equity finance des entreprises à différents stades de leur développement. Il apporte du capital, mais aussi des compétences en matière de gouvernance, de recrutement, de croissance externe, de transformation numérique et d’internationalisation.
Selon les données d’impact de France Invest à fin 2024, plus de 11 000 entreprises figuraient dans les portefeuilles des acteurs français. Elles représentaient environ 2,5 millions de salariés.
La majorité des entreprises accompagnées sont des PME et des ETI. Le capital-investissement joue ainsi un rôle important dans le financement d’entreprises qui n’ont pas toujours accès aux marchés boursiers ou qui recherchent un actionnaire actif.
Cette contribution ne doit pas être réduite aux seuls montants investis. La création de valeur dépend de la capacité des fonds à accompagner durablement la croissance, à professionnaliser les organisations et à préparer les entreprises aux transformations de leur secteur.
Elle doit aussi être appréciée de manière critique. Une stratégie fondée sur un endettement excessif, des économies à court terme ou des hypothèses de croissance irréalistes peut fragiliser l’entreprise au lieu de la renforcer.



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