En 2024, l’assurance-vie a représenté 76 % de la collecte du Private Equity destinée au grand public, soit 2,01 milliards d’euros sur les 2,60 milliards collectés, selon les chiffres de France Invest repris par la MAIF. Cette progression illustre le rôle croissant de l’assurance-vie dans l’accès au Private Equity, autrefois principalement réservé aux investisseurs institutionnels et aux grandes fortunes.
Concrètement, certains contrats multisupports permettent désormais d’investir dans des unités de compte exposées à des entreprises non cotées. Cette solution peut réduire le ticket d’entrée, simplifier la gestion administrative et inscrire l’investissement dans le cadre fiscal de l’assurance-vie.
L’enveloppe ne supprime toutefois pas les caractéristiques du Private Equity. La valeur de l’unité de compte n’est pas garantie, le support sous-jacent reste peu liquide et les frais peuvent se cumuler. Avant d’investir, il convient donc d’analyser à la fois le contrat d’assurance-vie, le fonds sélectionné et la cohérence de cette allocation avec son patrimoine.
Qu’est-ce que le Private Equity en assurance-vie ?
Le Private Equity, ou capital-investissement, consiste à investir dans des entreprises qui ne sont pas cotées en Bourse. Selon la stratégie du fonds, il peut financer de jeunes sociétés innovantes, accompagner la croissance d’entreprises établies ou participer à la transmission de sociétés matures.
Dans une assurance-vie, l’investisseur ne souscrit généralement pas directement au capital des entreprises. Il sélectionne une unité de compte dont la valeur dépend d’un fonds ou d’un véhicule exposé au non coté.
L’assureur référence le support au sein de son contrat. Le souscripteur détient alors des unités de compte inscrites dans l’assurance-vie, tandis que l’assureur porte les actifs correspondants selon l’architecture juridique prévue.
Ce fonctionnement distingue le Private Equity en assurance-vie d’une souscription directe dans un FPCI, un FCPR ou un autre véhicule de capital-investissement. Les conditions d’accès, les flux financiers, la fiscalité et les modalités de sortie peuvent être différentes.
Comment fonctionne cet investissement ?
Pour investir en Private Equity avec une assurance-vie, il faut détenir un contrat multisupport proposant au moins une unité de compte investie dans le non coté. Tous les contrats ne donnent pas accès à cette classe d’actifs et l’univers proposé varie fortement d’un assureur à l’autre.
Le souscripteur réalise un versement ou un arbitrage vers l’unité de compte choisie. La somme investie entre dans la valeur du contrat, mais elle n’est pas garantie par l’assureur. Seul le nombre d’unités de compte est garanti, pas leur valeur, comme le rappelle Service Public.
Selon le support, l’exposition peut prendre plusieurs formes. L’unité de compte peut investir dans un fonds de capital-développement, de buyout, de secondaire, dans un fonds de fonds ou dans un véhicule evergreen. Ces stratégies ne présentent ni le même horizon ni le même niveau de risque.
Contrairement à une souscription directe dans un fonds fermé, l’investisseur n’a généralement pas à gérer lui-même des appels de capitaux successifs. Les modalités exactes dépendent toutefois du contrat et du support référencé.
Quels sont ses principaux avantages ?
Accéder plus facilement au non coté
L’assurance-vie peut abaisser le seuil d’accès au Private Equity. Certains supports sont accessibles avec des montants inférieurs aux tickets fréquemment demandés dans les fonds professionnels commercialisés en direct.
Cette accessibilité ne signifie pas que tous les fonds institutionnels deviennent disponibles. L’investisseur accède uniquement aux supports sélectionnés par l’assureur et le distributeur de son contrat.
L’assurance-vie simplifie également certaines démarches administratives. La souscription, la valorisation et le suivi sont centralisés dans le contrat, ce qui peut rendre l’exposition au non coté plus lisible pour un investisseur particulier.
Bénéficier de la fiscalité du contrat
La fiscalité applicable est celle de l’assurance-vie, et non celle d’une détention directe des parts du fonds. Tant qu’aucun rachat n’est effectué, les gains ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu.
Lors d’un rachat, seule la part correspondant aux gains est imposable. La fiscalité dépend de l’ancienneté du contrat, de la date des versements et du montant total des primes concernées.
Après huit ans, les gains compris dans les rachats bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule et de 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé soumis à une imposition commune. Au-delà de cet abattement, le régime applicable dépend notamment du montant et de la date des versements.
Il est donc imprécis d’affirmer que les gains sont systématiquement exonérés après huit ans. L’avantage repose sur un abattement et sur des modalités d’imposition spécifiques, non sur une exonération générale.
Diversifier son allocation patrimoniale
Le Private Equity permet d’accéder à des entreprises absentes des marchés cotés. Cette exposition peut compléter les fonds en euros, les actions, les obligations ou l’immobilier déjà présents dans un contrat multisupport.
La diversification ne doit toutefois pas être confondue avec une réduction automatique du risque. Un support peut rester fortement concentré sur une zone, un secteur, un nombre limité d’entreprises ou un seul millésime.
La qualité de la diversification dépend donc du portefeuille sous-jacent. Il faut examiner le nombre de participations, leur répartition géographique et sectorielle, ainsi que les autres fonds éventuellement détenus dans le patrimoine.
Préparer la transmission du patrimoine
L’assurance-vie permet de désigner un ou plusieurs bénéficiaires en cas de décès. Selon l’âge de l’assuré au moment des versements, les montants concernés et la rédaction de la clause bénéficiaire, un régime successoral spécifique peut s’appliquer.
Cette dimension patrimoniale constitue une différence importante avec la souscription directe de parts de fonds. Elle doit néanmoins être étudiée au regard de la situation personnelle de l’assuré et ne doit pas reposer uniquement sur le choix d’une unité de compte.

Quels sont les risques et les limites ?
Un risque de perte en capital
Les unités de compte exposées au Private Equity ne bénéficient pas de la garantie du fonds en euros. Leur valeur peut progresser ou diminuer en fonction de la situation des entreprises détenues, des conditions de financement et des valorisations retenues.
Une défaillance d’entreprise, un prix d’acquisition trop élevé ou des conditions de sortie défavorables peuvent entraîner une perte. Celle-ci peut être partielle ou totale.
L’assurance-vie constitue une enveloppe juridique et fiscale. Elle ne garantit pas la performance des supports qui y sont logés.
Une liquidité à nuancer
Le contrat d’assurance-vie permet généralement de demander un rachat total ou partiel. Service Public précise que l’assureur doit normalement verser les sommes dans un délai maximal de deux mois après la demande.
Cette faculté ne signifie cependant pas que le fonds de Private Equity sous-jacent devient liquide. Les entreprises détenues ne sont pas négociées quotidiennement et leur valorisation est réalisée périodiquement.
La documentation du contrat peut prévoir des modalités particulières pour certains supports. La valeur retenue lors d’un rachat peut dépendre du calendrier de valorisation, des mécanismes de liquidité du fonds et des dispositions contractuelles.
La possibilité d’un rachat doit donc être vérifiée dans la notice du contrat et dans le document d’informations clés. Elle ne doit pas être assimilée à la liquidité quotidienne d’un fonds coté.
Des frais qui peuvent se cumuler
Un investissement en Private Equity au sein d’une assurance-vie peut supporter plusieurs niveaux de frais. Le contrat peut prélever des frais sur versement, des frais annuels de gestion et, éventuellement, des frais d’arbitrage.
Le support sous-jacent supporte lui-même des frais de gestion. Une commission de performance, ou carried interest, peut également être prévue lorsque certaines conditions sont atteintes.
Dans le cas d’un fonds nourricier ou d’un fonds de fonds, un niveau supplémentaire de frais peut s’ajouter. La comparaison doit donc porter sur le coût total, et pas uniquement sur les frais affichés par l’assureur.
Une sélection limitée par le contrat
Tous les contrats ne proposent pas les mêmes unités de compte. Certains donnent accès à un seul fonds de Private Equity, tandis que d’autres couvrent plusieurs gérants, stratégies ou zones géographiques.
Le choix de l’investisseur dépend donc de la politique de référencement de l’assureur. Cette sélection peut faciliter l’accès, mais elle limite l’univers disponible par rapport à une souscription directe.
Il convient également de vérifier si le support est encore ouvert aux nouveaux versements, si les arbitrages sont possibles et si des plafonds d’allocation s’appliquent.




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